Categories
Parallax

The Second Sex: A Translation of “Le Deuxième Sexe” by Simone de Beauvoir

by Simone de Beauvoir | translated by Julia Peterson | Parallax | Spring 2019

Image by Bridget Conway

Translator’s Note:

Why keep reading (and translating) The Second Sex?

Simone de Beauvoir’s The Second Sex, a massively significant early second-wave feminist book, turned 70 years old this year. As I have worked closely with this text over the last two years, I have become very aware of all the ways that this text shows its age, from its eager explorations of ideas that feminists have largely discarded or moved beyond to language that we would no longer use today. I am also a strong believer in reexamining the literary canon—just because something was once significant does not mean that it is still important for us to study it, and remaining married to the texts that we were taught or what our teachers were taught means that other, perhaps more worthy texts are left o the syllabus. at said, I think that The Second Sex remains a text that should be read, studied, and re-translated by contemporary and future feminists, largely because of the way I have come to believe that it is structured to require reader interaction.

Five years ago, I was introduced to The Second Sex in a French class that I was taking back in my home province of Quebec – it was my first exposure to feminism in an academic context, and I was enthralled. Since then, especially as I have immersed myself in this work from a translator’s perspective, my ideas on how this book should be read have evolved. First, I have learned that The Second Sex is so much more fun than I gave it credit for, five years ago. Back then, I was trying to read it as just another dry academic text, but that does not do justice to the joyful tumult of lavish literary prose that de Beauvoir wove through her academic arguments. She was not just curating information about feminism in an ordered list; I have found that her prose revels in the moment between proven fact and extrapolated conclusion. The life cycle of an ant becomes high tragedy, the history of pervasive societal myths become poetry, and the authors of sexist arguments become the targets of her laser-guided snark.

I have also come to believe that The Second Sex is not trying to definitively answer the question of ‘What is a woman?’ – if de Beauvoir had thought she had the answer, I don’t think she would have buried it in a 700-page text. Instead, I think that this book is a debate looking for a debate partner. In two volumes, de Beauvoir presents all the information she could find relating to women and essentially invites readers to go to town, to push back on her weaker claims and cut away the dross until only the most valuable arguments remain.

For me, this is why this book remains so worthy of study and translation, and I think will remain so for a very long time; because we are invited to bring our whole selves to this debate. I read and translate The Second Sex as a Jewish woman, a queer woman, a young woman, an Oberlin student, and all of these aspects of who I am are engaged in my interactions with this text. When it comes to the marriage between this text and its readers, the whole is greater than the sum of its parts, and I believe that this 70-year-old text can still be a valuable tool in helping us shape the feminism of the future.


J’ai longtemps hésité à écrire un livre sur la femme. Le sujet est irritant, surtout pour les femmes ; et il n’est pas neuf. La querelle du féminisme a fait couler assez d’encre, à présent elle est à peu près close : n’en parlons plus. On en parle encore cependant. Et il ne semble pas que les volumineuses sottises débitées pendant ce dernier siècle aient beaucoup éclairé le problème. D’ailleurs y a-t-il un problème ? Et quel est-il ? Y a-t-il même des femmes ? Certes la théorie de l’éternel féminin compte encore des adeptes ; ils chuchotent : « Même en Russie, elles restent bien femmes » ; mais d’autres gens bien informés – et les mêmes aussi quelque-fois – soupirent : « La femme se perd, la femme est perdue. » On ne sait plus bien s’il existe encore des femmes, s’il en existera toujours, s’il faut ou non le souhaiter, quelle place elles occupent en ce monde, quelle place elles devraient y occuper. « Où sont les femmes ? » demandait récemment un magazine intermittent. Mais d’abord : qu’est-ce qu’une femme ? « Tota mulier in utero : c’est une matrice », dit l’un. Cependant parlant de certaines femmes, les connaisseurs décrètent : « Ce ne sont pas des femmes » bien qu’elles aient un utérus comme les autres. Tout le monde s’accorde à reconnaître qu’il y a dans l’espèce humaine des femelles ; elles constituent aujourd’hui comme autrefois à peu près la moitié de l’humanité ; et pourtant on nous dit que « la féminité est en péril » ; on nous exhorte : « Soyez femmes, restez femmes, devenez femmes. » Tout être humain femelle n’est donc pas nécessairement une femme ; il lui faut participer de cette réalité mystérieuse et menacée qu’est la féminité. Celle-ci est-elle sécrétée par les ovaires ? ou fi gée au fond d’un ciel platonicien ? Suffi t-il d’un jupon à frou-frou pour la faire descendre sur terre ? Bien que certaines femmes s’efforcent avec zèle de l’incarner, le modèle n’en a jamais été déposé. On la décrit volontiers en termes vagues et miroitants qui semblent empruntés au vocabulaire des voyantes. Au temps de saint Thomas, elle apparaissait comme une essence aussi sûrement défi nie que la vertu dormitive du pavot. Mais le conceptualisme a perdu du terrain : les sciences biologiques et sociales ne croient plus en l’existence d’entités immuablement fixées qui définiraient des caractères donnés tels que ceux de la Femme, du Juif ou du Noir ; elles considèrent le caractère comme une réaction secondaire à une situation. S’il n’y a plus aujourd’hui de féminité, c’est qu’il n’y en a jamais eu. Cela signifie-t-il que le mot « femme » n’ait aucun contenu ? C’est ce qu’affirment vigoureusement les partisans de la philosophies des lumières, du rationalisme, du nominalisme : les femmes seraient seulement parmi les êtres humains ceux qu’on désigne arbitrairement par le mot « femme » ; en particulier les Américaines pensent volontiers que la femme en tant que telle n’a plus lieu ; si une attardée se prend encore pour une femme, ses amies lui conseillent de se faire psychanalyser afin de se délivrer de cette obsession. À propos d’un ouvrage, d’ailleurs fort agaçant, intitulé Modem Woman : a lost sex, Dorothy Parker a écrit : « Je ne peux être juste pour les livres qui traitent de la femme en tant que femme…Mon idée c’est que tous, aussi bien hommes que femmes, qui nous soyons, nous devons être considérés comme des êtres humains. » Mais le nominalisme est une doctrine un peu courte ; et les antiféministes ont beau jeu de montrer que les femmes ne sont pas des hommes. Assurément la femme est comme l’homme un être humain : mais une telle affi-rmation est abstraite ; le fait est que tout être humain concret est toujours singulièrement situé. Refuser les notions d’éternel féminin, d’âme noire, de caractère juif, ce n’est pas nier qu’il y ait aujourd’hui des Juifs, des Noirs, des femmes : cette négation ne représente pas pour les intéressés une libération, mais une fuite inauthentique.Il est clair qu’aucune femme ne peut prétendre sans mauvaise foi se situer par-delà son sexe. Une femme écrivain connue a refusé voici quelques années de laisser paraître son portrait dans une série de photographies consacrées précisément aux femmes écrivains : elle voulait être rangée parmi les hommes ; mais pour obtenir ce privilège, elle utilisa l’influence de son mari. Les femmes qui affirment qu’elles sont des hommes n’en réclament pas moins des égards et des hommages masculins. Je me rappelle aussi cette jeune trotskiste debout sur une estrade au milieu d’un meeting houleux et qui s’apprêtait à faire le coup de poing malgré son évidente fragilité ; elle niait sa faiblesse féminine ; mais c’était par amour pour un militant dont elle se voulait l’égale. L’attitude de défi dans laquelle se crispent les Améri-caines prouve qu’elles sont hantées par le sentiment de leur féminité. Et en vérité il suffit de se promener les yeux ouverts pour constater que l’humanité se partage en deux catégories d’individus dont les vêtements, le visage, le corps, les sourires, la démarche, les intérêts, les occupations sont manifestement différents : peut-être ces différences sont-elles superficielles, peut-être sont-elles destinées à disparaître. Ce qui est certain c’est que pour l’instant elles existent avec une éclatante évidence. Si sa fonction de femelle ne suffit pas à définir la femme, si nous refusons aussi de l’expliquer par « l’éternel féminin » et si cependant nous admettons que, fût-ce à titre provisoire, il y a des femmes sur terre, nous avons donc à nous poser la question : qu’est-ce qu’une femme ?

L’énoncé même du problème me suggère aussitôt une première réponse. Il est significatif que je le pose. Un homme n’aurait pas idée d’écrire un livre sur la situation singulière qu’occupent dans l’humanité les mâles. Si je veux me définir je suis obligée d’abord de déclarer : « Je suis une femme » ; cette vérité constitue le fond sur lequel s’enlèvera toute autre affirmation. Un homme ne commence jamais par se poser comme un individu d’un certain sexe : qu’il soit homme, cela va de soi. C’est d’une manière formelle, sur les registres des mairies et dans les déclarations d’identité que les rubriques : masculin, féminin, apparaissent comme symétriques. Le rapport des deux sexes n’est pas celui de deux électricités, de deux pôles : l’homme représente à la fois le positif et le neutre au point qu’on dit en français « les hommes » pour désigner les êtres humains, le sens singulier du mot « vir » s’étant assimilé au sens général du mot « homo ». La femme apparaît comme le négatif si bien que toute détermination lui est imputée comme limitation, sans réciprocité. Je me suis agacée parfois au cours de discussions abstraites d’entendre des hommes me dire : « Vous pensez telle chose parce que vous êtes une femme » ; mais je savais que ma seule défense, c’était de répondre : « Je la pense parce qu’elle est vraie » éliminant par là ma subjectivité ; il n’était pas question de répliquer : « Et vous pensez le contraire parce que vous êtes un homme » ; car il est entendu que le fait d’être un homme n’est pas une singularité ; un homme est dans son droit en étant homme, c’est la femme qui est dans son tort. Pratiquement, de même que pour les anciens il y avait une verticale absolue par rapport à laquelle se définissait l’oblique, il y a un type humain absolu qui est le type masculin.

I have long hesitated to write a book about women. The subject is irritating, especially for women, and it is not new. Enough ink has been spilled on the topic of feminism and the discussion is nearly exhausted: let’s stop talking about it. Yet we continue to talk. It seems that the large amount of arrant nonsense produced during the last century has not shed much light on the problem. And—is there a problem? What is it? Are there even women? Certainly, the theory of the eternal feminine still has followers; they whisper, “Even in Russia, women are still women”; but other well-informed people—sometimes the same people—sigh that: “women are losing their way, women are lost.” We don’t know if any women still exist, if women will always exist, whether we should wish for their existence or not, what place they occupy in the world, or what place they ought to occupy. A periodical recently asked “Where are the women?” But first: what is a woman? “Tota mulier in utero”: she is an incubator, one might say. However, when speaking about certain females, people decree that “they are not women,” though they have a uterus like the others. Everybody can agree that there exist females of the human species; today, like in the past, they constitute approximately half the human population; and still we are told that “femininity is in peril” and we are urged to “be women, stay women, become women.” Therefore, a female human is not necessarily a woman: she must participate in this mysterious and threatened reality that is femininity. Is femininity secreted by the ovaries? Does it fall out of a platonic sky? Is a frilly skirt enough to conjure it up? Although some women work zealously to embody it, the model has never been precisely defined. We willingly describe womanhood in vague and shimmery terms that seem to have been borrowed from the language of prophecy. In the time of Saint Thomas, femininity appeared to be an essence as clearly defined as the soporific effects of the poppy. But conceptualism has been losing ground: biological and social sciences no longer believe that there exist immutably fixed traits that define the essential character of people such as women, Jews and Blacks; they consider character to be a secondary reaction to a situation. If there is no femininity today, it’s that there never was. Does this mean that the word “woman” is meaningless? This belief is strongly championed by the enlightenment philosophers, the rationalists, and the nominalists: that women are simply those humans to which we have arbitrarily applied the word “woman.” American women in particular think that ‘woman’ as such does not exist; their advice is to go get psychoanalyzed to rid yourself of this obsession. Concerning a particularly irritating book titled Modern Woman; a Lost Sex, Dorothy Parker wrote: “I cannot be just to books which treat of women as women… My idea is that all of us, men as well as women, should be regarded as human beings.” But nominalism as a doctrine is somewhat lacking, and anti-feminists have a challenge in proving that women are not men. Certainly, women are, like men, human beings; but this is an abstract statement. The fact is, every human being is always singularly situated. Refusing notions of the ‘eternal feminine,’ the ‘Black spirit,’ or the ‘Jewish character’ is certainly not denying that, in today’s world, there exist Jews, Blacks and women. Denying this fact does not represent a liberation for the concerned parties, but an inauthentic escape. Clearly, a woman can only pretend to be above her sex in bad faith. A few years ago now, a well-known female writer refused to allow her picture to appear in a series of photographs dedicated to female writers: she wanted to be shown among the men. But she used her husband’s influence to obtain this privilege. Women who claim to be men do not receive the same respect and praise as men. I also recall a young Trotskyist—she was standing on a platform in the middle of a boisterous meeting and was preparing to punch somebody despite her evident fragility: she overcame her feminine weakness; but this was for the love of an activist that she wanted to be equal to. The tensely confrontational attitude held by American women proves that they are haunted by the feeling of their femininity. Truly, one only needs to walk around with their eyes open to understand that humanity is split into two categories of individuals whose clothing, face, body, smiles, gait, interests and professions are obviously different: maybe these differences are superficial, maybe they are destined to disappear. What is certain is that, for the moment, there is undeniable evidence for their existence.

If the designation of ‘female’ is an insufficient definition of what woman is, and if we refuse to explain it by the “eternal feminine,” but if, despite this, we provisionally admit that there are women on earth, we must then ask ourselves: what is a woman? I find that this formulation of the problem suggests an initial response. It is significant that I must ask this question. A man would not have the idea to write a book about the particular position that males occupy among humankind. If I want to define myself, I must first declare “I am a woman.” This truth is the base upon which I can construct all other affirmations. A man never begins by positioning himself as an individual of a certain sex: it goes without saying that he is a man. It is only in formal matters, on marriage registers and other official documents, that masculine and feminine appear to be symmetrical. The relationship between the two sexes is not like it is between the two electricities, the two poles: man represents both the positive and the neutral, to the point that in French we say “man” to designate humankind, and the particular meaning of the Latin vir has been conflated with the general meaning of homo. Woman appear so completely as a negative that all of her unique characteristics are defined as limitations, without reciprocity. In abstract discussions, I have sometimes been aggravated when men tell me “you only think this because you are a woman;” but I knew that my only defense was to respond that “I think it because it is true,” eliminating my subjectivity. There was no question of replying “and you think the opposite because you are a man,” because it is understood that the fact of being a man is ordinary. A man is in the right in being a man; it is the woman who is in the wrong. Practically, just as the ancients had an absolute vertical by which they defined the diagonal, there is an absolute human type—the masculine.